SAGA 6 : VIVA LA DOLCE VITA - 3/3 - 2026/27
Titre : Les Nouvelles Missions de Roberto - SAGA 6
« Viva la Dolce Vita ! »
EPISODE 3
L’épisode 3 est issu de la série intégrale :
« Les Nouvelles Missions de Roberto »
L’épisode 3 est issu de la série théâtrale 2026/2027 qui a pour titre : « L’ODYSSEE FANTASTIQUE »
L’épisode 3 : « Viva la Dolce Vita ! » (Chapitre 3) est une pièce en 1 acte / 1 partie / 1 épisode
GENRE : Comédie surréaliste
Auteur : Emilien Casali
PROLOGUE
Fin février... temps gris...
Un îlot sur lequel repose " l'Hôtel de la Plage " glisse lentement sur la mer gla-cée de l'océan Arctique qui s’approche ....
Le plafond du hall d’entrée est vitré (puits de lumière), celui-ci diffuse en per-manence de la lumière naturelle… L'îlot s'approche lentement de la côte du Groenland située entre l’Océan Arctique et l’Océan Atlantique Nord…
La colombe vol à hauteur de L'îlot... Fernando Figlio Del Vento joue un air de musique mélodieux sur la plage avec sa trompette, celui-ci porte les cheveux longs, vêtu d'une chemise à fleurs et d'un pantalon à pattes d'éléphant...
Dona Crina d'Alba (cheveux blonds) sort de l'hôtel en compagnie de Patzy (pe-tite chatte rose aux grands yeux verts) qu'elle tient au bout d'une laisse, tous deux sont suivies de Kiki (petite chatte tigrée) et Maggi (petit chat noir aux pattes blanches et aux longues oreilles)...
KIKI (petite chatte tigrée)
C'est trop cool l'aventure en mer!
MAGGI
On va finir par le savoir, kiki !
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Bonjour, monsieur Fernando ! Je suppose que vous n'avez pas vu votre neveu aujourd'hui encore?
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Toujours pas de nouvelles de Roberto, chère Madame !
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Mais où peut-il bien être ? Cela fait plus d'une semaine que je le cherche.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Quand il a vu le temps tourné en notre défaveur, celui-ci a préféré s'enfuir de la côte bordelaise.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Si c'est le cas, il aurait pu nous prévenir. Mes petits chats et moi, on se sent abandonnés.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Vous le connaissez aussi bien que moi, il est capable de partir sur un coup de tête sans laisser d'adresse.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Cela m'étonnerait qu'il laisse tomber ses amis en chemin. Non seulement Ro-berto a passé l'âge de l'insouciance, mais encore il est très fidèle en amitié comme en amour. Je regrette, monsieur Fernando, mais ce n'est pas dans ses habitudes.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Il était comme ça autrefois.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Autrefois, c'est autrefois. Les temps changent, voyez-vous.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
En ce temps-là, il vivait comme un oiseau sur la branche et il logeait dans une caravane en bordure de vigne. Quand je me rendais dans le Sud de la France, il n'était pas rare que j'aille lui rendre visite. Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Je m'en souviens comme si c'était hier.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Cet épisode remonte à quand exactement ?
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
A la fin du siècle dernier !
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Il faut vous mettre à la page, Monsieur Fernando. Plus d'un quart de siècle est passé depuis. Roberto a beaucoup changé entre-temps. Il ne mène plus la vie de bohème.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Je suis persuadé qu'il a conservé en lui sa fibre aventurière.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
De nos jours, lorsqu'il part à l'aventure, c'est dans le but de mener des missions. En dehors de cela, Roberto est très casanier et passe le plus clair de son temps à écrire ses nouveaux mémoires.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Ne l'ayant pas revu depuis le siècle dernier, j'ignorais tout cela. Dans ma mémoire, je conserve toujours de lui l'image d'un jeune homme insouciant vivant en dehors du cadre des institutions de la société.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Croyez-moi, Monsieur Fernando, votre neveu a beaucoup changé depuis.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Mais alors, si j'en crois vos propos, il ne doit pas être bien loin.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
C'est justement la question que je me posais. À mon avis, il se trouve toujours parmi nous, mais il a décidé de se cacher. Pour quelle raison, je l'ignore ?!
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
L'espoir fait vivre !
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Ce n'est pas la première fois qu'il disparaît pour une durée indéterminée. L'an passé déjà, alors que notre équipe menait une mission top secret dans le restaurant de la tour de l'horloge de Giurgiu, ce dernier profita d'une petite Accalmie pour se rendre aux toilettes. Et sans savoir pourquoi, Roberto disparu des lieux pendant 24 heures pour ressurgir une fois la mission accomplie. Étonnant, ne trouvez-vous pas ?
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Autrement dit, Roberto se dégonfle à chaque fois qu'il est amené à devoir franchir un nouvel obstacle.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Ce n'est pas exactement ce que je voulais dire.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Ce n'est pas ce que je pense moi non plus. À mon avis, il se trouvait dans les parages comme aujourd'hui.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Il agirait en toute discrétion.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Quand il était petit, il aimait bien se cacher un peu partout dans la maison de ses parents, et tandis que j'épluchais des pommes de terre pour faire des frites, ce petit cachotier faisait cuire l'huile dans la friteuse. Ce jour-là, personne ne se rendit compte de rien.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Ce qui veut dire qu'il est avec nous au moment où nous parlons.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Mon neveu à la capacité de se rendre invisible aux yeux de tous. C'est un adepte des déguisements.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Je vois. Eh bien, s'il veut jouer à ce petit jeu, il va me trouver sur son chemin.
FERNANDO FIGLIO DEL VENTO
Que comptez-vous faire, Dona Crina d'Alba ?
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Je compte lui faire une surprise ! Motus et bouche cousue! C'est entre nous, n'est-ce pas ?
Soudain, on entend un coup de feu qui provient du hall d'entrée de l'hôtel de la Plage....
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Ce coup de feu semble venir du hall d'entrée. Je vais voir ce qui se passe. Je vous laisse la garde des chats, monsieur Fernando! À plus tard...
Soudain, Dona Crina d’Alba (cheveux blonds) prend l’apparence de Madame Maria (cheveux noirs) comme par l’effet d’une baguette magique, puis elle quitte les lieux…
FIN DU PROLOGUE
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ACTE 1 - SCENE 1
Au même instant, de la neige tombe du ciel…
En l’espace de quelques secondes, la plage est recouverte d’un blanc manteau…
L’îlot sur lequel repose " l'Hôtel de la Plage " longe à présent la côte du Groenland d’où l’on aperçoit de grandes falaises…
La colombe vol toujours à hauteur de L'îlot...
Fernando Figlio Del Vento continue de jouer un air de musique mélodieux sur la plage avec sa trompette...
Patzy (petite chatte rose aux grands yeux verts), Kiki (petite chatte tigrée) et Maggi (petit chat noir aux pattes blanches et aux longues oreilles) jouent dans la neige...
La neige continue de tomber…
Lady Shirley (vêtue d'une robe rose et portant des cheveux blonds) surgit sur la plage en tirant le vélo d'appartement sur lequel se tient Ringo de la Sierra à l'aide d'un lasso...
Au loin, on peut aperçoit un ours polaire qui nage en direction de la plage…
RINGO DE LA SIERRA
Où sommes-nous, Señorita ?
LADY SHIRLEY
Je ne sais pas où nous sommes, mais une chose est sûre, le temps est glacial par ici.
RINGO DE LA SIERRA
A Caracas, les températures sont plus élevées qu’ici. Je propose que nous retournions là-bas, Señorita.
LADY SHIRLEY
N’essaie pas de m’entourlouper, mon Chouchou. Avec moi, ça ne marche pas.
RINGO DE LA SIERRA
En cette période de l’année, le temps est beaucoup plus ensoleillés à Caracas. On peut faire du sport sur la plage, de la plongée sous-marine, boire des cocktails à l’ombre des palmiers…
LADY SHIRLEY
Si je t’ai enlevé là-bas l’autre jour, ce n’est certainement pas pour y retourner. Maintenant que tu m’appartiens, tu devras tirer un trait définitif sur ton passé et tu feras exactement tout ce que je te dirais. Une fausse note de ta part et je te flingue ! Tu m’as bien compris ?
RINGO DE LA SIERRA
Si, si, Señorita !
L’ours polaire s’approche de la plage en nageant…
LADY SHIRLEY
Et si on faisait une bataille de boule de neige ? Qu’en dis-tu, mon Chouchou ?
RINGO DE LA SIERRA
Je préfèrerais rentrer à l’hôtel, Señorita.
LADY SHIRLEY
Tu n’es pas bien avec moi ?
RINGO DE LA SIERRA
C’est que le petit déjeuner nous attend !
LADY SHIRLEY
Tu attendras la fin de la partie.
L’ours polaire s’approche de la plage en nageant et en hurlant…
Patzy, Kiki et Maggi se déplacent jusqu’à hauteur du duo composé de Lady Shirley et de Ringo Del la Sierra...
Akiak (La petite princesse Inuit) surgit en haut d’une falaise en tenant une lance dans une main et observe la scène…
RINGO DE LA SIERRA
J’ai cru voir un ours blanc, Señorita !?
LADY SHIRLEY
Voilà que mon Chouchou a la berlue à présent !
RINGO DE LA SIERRA
Je te jure que c’est la vérité, Señorita ! Regarde, il vient dans notre direction.
LADY SHIRLEY
Ça tombe bien puisque je cherchais une cible à abattre !
RINGO DE LA SIERRA
Vous ne comptez pas lui faire de mal, Señorita ?
LADY SHIRLEY
C’est une cible idéal ! Allez, c’est moi qui commence !
Lady Shirley balance des boules de neige en direction de l’ours blanc qui essaie de les éviter…
Ringo de la Sierra qui est attaché au lasso observe la scène sans dire un mot…
Lady Shirley bombarde l’ours blanc avec des boules de neige, lequel ours finit par dévier sa trajectoire…
Un nuage de fumée rose envahit les lieux…
FIN DE LA SCENE 1
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ACTE 1 - SCENE 2
Pendant ce temps-là...
La scène se déroule dans une chambre de l'Hôtel de la Plage d’où se tient à la fenêtre la dame inconnue (le livre d'or dans ses mains)...
Martisoara (cheveux roux tressés) pénètre dans la chambre avec un plateau sur lequel repose une tasse de café...
MARTISOARA
Votre café, Madame !
LA DAME INCONNUE
C'est très gentil à vous d'y avoir pensé, Martisoara.
MARTISOARA
Nous longeons actuellement la côte du Groenland.
LA DAME INCONNUE
Je suis au courant.
MARTISOARA
Votre Altesse a besoin d'autre chose ?
LA DAME INCONNUE
Ce sera tout, merci.
MARTISOARA
Vous ne me demandez pas de nouvelles de Monsieur Le Comte ?
LA DAME INCONNUE
Ces jours-ci Je pense à autre chose.
MARTISOARA
Permettez-moi tout de même de vous dire qu’il n’est pas sur la même longueur d'onde que vous.
LA DAME INCONNUE
Pour ma part, je suis surtout très inquiète quant à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Au cas où vous l'auriez oubliée, ma chère, je vous rappelle que les membres de notre Club et moi-même sommes piégés depuis un mois sur cet îlot qui nous a entraîné du Golfe de Gascogne jusqu'à l'océan Arctique sans que nous ayons pu lever le petit doigt, et tout cela dans le but de mener une mission périlleuse sans en connaître les tenants et les aboutissants. En bref, nous sommes comme qui dirait les otages d’un satellite qui, à l'heure qu'il est, doit certainement épier nos moindres faits et gestes.
MARTISOARA
En effet, le satellite Little Brother ne nous a pas fait de cadeau depuis le premier jour où il a réapparu dans notre vie.
LA DAME INCONNUE
Il nous prive surtout de liberté. J'espère que nous trouverons une issue dans les prochaines heures. Je ne me vois pas finir en statue de glace au Groenland.
MARTISOARA
Le plus surprenant dans l’histoire, c'est que cette situation dans laquelle nous nous trouvons n’inquiète nullement certains clients de l'hôtel de la Plage dont fait partie Monsieur le Comte. Jusqu'à présent, aucun d'eux ne s'en est plein. Je trouve cela plutôt curieux !?
LA DAME INCONNUE
À propos, comment va le Comte de la Bouche-En-Biais ?
MARTISOARA
Il ne s'est aperçu de rien jusqu'à présent. Disons qu'il a la tête ailleurs. C'est qu'il n'est plus le même depuis votre séparation. Monsieur mène la Dolce Vita sans se soucier des dangers qui l'entourent.
LA DAME INCONNUE
Que voulez-vous dire par là, qu'il n'est pas affecté par notre séparation ?
MARTISOARA
Il faut croire que non.
LA DAME INCONNUE
Vous me cachez quelque chose ?!
MARTISOARA
Un clou chasse l'autre ! Je m’explique. Lorsque nous étions dans le golfe de Gascogne, plus précisément en terre bordelaise, Monsieur Le Comte fit des retrouvailles avec une cliente de l'Hôtel. Et depuis, il ne cesse de lui courir après au risque d'y perdre sa tête!
LA DAME INCONNUE
Je ne pensais pas qu'il irait aussi loin dans la provocation.
MARTISOARA
Vous étiez donc au courant. Mais alors, vous savez qui est l’heureuse élue ?
LA DAME INCONNUE
La dernière fois que je me suis entretenue avec le Comte, ce dernier semblait très intéressé par Lady Shirley.
MARTISOARA
A vrai dire, je doute de la sincérité de cette femme. Elle nous avait déjà donnés pas mal de fil à retordre l'été dernier.
LA DAME INCONNUE
Cet homme persiste et signe dans sa bêtise.
MARTISOARA
Votre Altesse n'est pas prête de le récupérer dans son état normal.
LA DAME INCONNUE
Ma rivale ne perd rien pour attendre.
MARTISOARA
Si Lady Shirley se trouve dans cet hôtel, ce n’est pas anodin.
LA DAME INCONNUE
Je me demande si elle n’est pas directement liée à toute cette affaire ?!
MARTISOARA
Il est nécessaire d'agir rapidement pour éviter des dommages excessifs.
LA DAME INCONNUE
Mon petit doigt me dit que nous n’allons pas tarder à démêler cette intrigue.
Un nuage de fumée rose envahit les lieux…
FIN DE LA SCENE 2
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ACTE 1 – SCENE 3
Quelques instants plus tard…
La Scène se déroule dans le hall d'entrée de l'hôtel de la Plage reposant sur un îlot qui longe lentement les côtes du Groenland...
Monsieur Vlad déguste une coupe de Champinelle à l'accueil...
Fernando Figlio Del Vento joue un air de musique mélodieux sur la plage avec sa trompette...
Lady Shirley (vêtue d'une robe rose et portant des cheveux blonds) entre dans le hall en tirant le vélo d'appartement sur lequel se tient Ringo de la Sierra à l'aide d'un lasso, lequel Ringo tient un gros cigare au bout de ses lèvres...
LADY SHIRLEY
Tu as intérêt de te tenir sagement à ta place jusqu'à notre destination finale, mon Chouchou, sinon je te mets au régime de pain sec. Tu entends ce que je te dis ?
RINGO DE LA SIERRA
Si, si, Seniorita.
LADY SHIRLEY
Cesse de faire le malin avec moi, Ringo ! Et puis, fais-moi le plaisir de ranger ce cigare dans ta poche !
MONSIEUR VLAD
Lady Shirley a passé une excellente matinée ?
LADY SHIRLEY
Mon chouchou et moi, nous nous sommes promenés sur la plage toute la matinée. Au passage, nous avons fait une bataille de boules de neige. Nous avions pour cible un ours polaire qui tentait d’atteindre notre plage à la nage. Plus nous le repoussions et plus il nous tenait tête. Au bout d’un moment, ses forces s’amoindrirent. A ce petit jeu, notre concurrent a fini par se noyer. Et devinez qui l’a emportée de nous deux ?
RINGO DE LA SIERRA
C'est moi!
LADY SHIRLEY
Ne dis pas des bêtises, Chouchou ! Tu sais bien que c'est moi qui ai remporté la bataille !
RINGO DE LA SIERRA
Non, c'est moi ! Et même que j'ai eu droit à ce cigare comme récompense. C’est Miss Ursula à qui j’ai raconté mon exploit qui me l’a gentiment offert.
LADY SHIRLEY
Lady Shirley a omis de te dire que ce cigare appartenait à Mademoiselle Marguerite. À cause de toi, je vais avoir des ennuis. En arrivant à l’hôtel, je t'avais pourtant demandé de rester tranquille. Comme toujours, tu n'en fais qu'à ta tête !
RINGO DE LA SIERRA
Pour l'instant, il n'est pas allumé. Je me contente juste de le savourer.
LADY SHIRLEY
Je te le déconseille.
Soudain, Martisoara (cheveux roux tressés) surgit avec un plateau sur lequel repose une bouteille de Champinelle et des coupes de vin…
MARTISOARA
Messieurs Dames, c’est l’heure de l’apéritif !
LADY SHIRLEY
Par ici, ma belle ! Je meurs de soif !
MARTISOARA
Comment allez-vous, ma petite dame ?
LADY SHIRLEY
Je viens de livrer un combat titanesque contre un ours à l’occasion d’une bataille de boules de neige que j’ai remportée haut-la-main.
MARTISOARA
Raison de plus pour célébrer cette victoire ! A votre santé, Lady Shirley !
LADY SHIRLEY
Toutefois, je reste sur ma faim. Dans cette lutte qui m’opposait à cet ours, je n’ai pas pensé lui arracher la peau pour en faire un trophée que j’aurais pu exhiber à l’occasion devant mes enfants.
LE COMTE, entre dans le hall
Puis-je vous parler, Lady Shirley ? C’est au sujet d’un projet d’avenir que j’aimerais vous confier.
LADY SHIRLEY
Je suis occupée, Monsieur le Comte. On se verra plus tard si vous le voulez bien.
LE COMTE
C’est la troisième fois que vous remettez notre discussion à plus tard. Je commence à m’impatienter.
LADY SHIRLEY
Vous ne choisissez jamais le bon moment, mon ami.
LE COMTE
Avec vous ce n’est jamais le bon moment.
LADY SHIRLEY
Je dois fêter une victoire avec mon Chouchou adorée. Vous voulez bien aller voir ailleurs si j’y suis.
LE COMTE
Votre Chouchou retient beaucoup trop votre attention. J’estime qu’il serait temps de lui lâcher du lest pour vous consacrer un peu plus à moi.
LADY SHIRLEY
Après tout le mal que je me suis donnée pour le capturer, ne croyez pas que je vais m’en séparer aussi facilement.
LE COMTE
Vous pourriez en faire cadeau à une célibataire qui rêve de passer des vacances ensoleillés sur une plage du Venezuela.
LADY SHIRLEY
Il est à moi et rien qu’à moi. Jamais je ne m’en séparerai.
LE COMTE
Quand je vous écoute, j’ai l’impression ne pas représenter grand-chose à vos yeux.
LADY SHIRLEY
Ne soyez pas idiot ! Vous représentez à mes yeux bien plus que vous ne croyez.
LE COMTE
Vous dites cela pour me faire plaisir.
LADY SHIRLEY
Je le pense vraiment. Seulement, il m’est difficile de mettre fin à ma relation avec Chouchou du jour au lendemain. J’aurai l’impression de l’abandonner. Donnez-moi encore un peu de temps et je vous promets que je vous appartiendrai pour l’éternité.
LE COMTE
Comme il plaira à Madame.
LADY SHIRLEY
Voilà qui est plus sage !
LE COMTE
Je vous préviens, si jamais vous commettez la moindre erreur, vous le regretterez jusqu’à la fin de vos jours.
LADY SHIRLEY
Depuis que je vous fréquente, je n’ai jamais pris vos menaces au sérieux.
LE COMTE
Retenez tout de même ceci, ma chère : les prétendantes ne manquent pas sur cette île d’amour. A la moindre faille de votre part, elles en profiteront pour se jeter à mon cou.
LADY SHIRLEY
Vous m’excuserez, mon cher, mais je dois aller faire couler un bain à mon Chouchou.
Lady Shirley sort en entrainant Ringo de la Sierra avec son lasso…
Le Lieutenant Poponetz entre…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Dites-moi, Monsieur le Comte, savez-vous d’où provenaient les coups de feu que l’on vient d’entendre ?
LE COMTE
Je n’en ai aucune idée, Lieutenant Poponetz.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je viens de trouver deux balles dans le couloir. Il se peut qu’elles appartiennent à une personne dont l’identité vous est connue.
LE COMTE
Ne comptez pas sur moi pour faire de la dénonciation. A ce petit jeu, je ne marche pas.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Ces derniers jours, je vous ai surpris fleurtant avec plusieurs clientes de l’hôtel, notamment Lady Shirley.
LE COMTE
Vous m’espionnez à présent ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je cherche à vous protéger contre des ennemis de l’intérieur, Majesté.
LE COMTE
Sur cet île, il n’y a point d’ennemis, nous sommes tous frères et sœurs. Vous voulez bien m’excusez, Lieutenant, mais j’aimerais faire quelques pas sur le sable. J’ai besoin de dégourdir mon âme assoiffée de lumière. Viva la Dolce Vita !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous devez prendre soin de vous, Majesté. Les temps sont durs et les rapports entre les hommes deviennent difficiles.
LE COMTE, lit un poème à voix haute
« Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l'Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;
Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d'ombre, et de murmure,
Et de roucoulements ;
Où j'écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier -
Tandis qu'au loin riait la mer
Sur le corail sonore. »
Paul-Jean Toulet (Douce plage où naquit mon âme)
Le Comte sort de l’hôtel…
FIN DE LA SCENE 3
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ACTE 1 – SCENE 4
Madame Maria (cheveux noirs) entre dans le hall…
MADAME MARIA
Bonjour, Lieutenant Poponetz ! Comment allez-vous ?
LIEUTENANT POPONETZ
Quelle surprise ! Que faites-vous sur cette île, Madame Maria ?
MADAME MARIA
Je fais comme le Comte de la Bouche-en-Biais, je mène la Dolce Vita !
LIEUTENANT POPONETZ
Et moi qui pensais que vous étiez restée à Craiova.
MADAME MARIA
J’ai décidé à la dernière minute de rejoindre les membres du Club de la Reine afin d’accomplir cette mission à leurs côtés. Moi aussi, je souhaite me rendre indispensable.
LIEUTENANT POPONETZ
C’est tout à votre honneur !
MADAME MARIA
J’ai choisi mon camp et j’en suis fière !
LIEUTENANT POPONETZ
C’est curieux, je ne vous ai pas vue l’autre jour à bord de la goélette qui nous a conduit de la Mer Noire jusqu’au Golfe de Gascogne.
MADAME MARIA
Peu après votre départ, je me suis rendue jusqu’à la côte bordelaise en autocar. Une fois arrivée à l’hôtel de la Plage, j’appris que Little Brother vous avait tendu un traquenard. Est-ce exact ?
LIEUTENANT POPONETZ
Vous voulez dire un drôle de traquenard ! Comme vous avez pu vous en apercevoir, d’étranges phénomènes se sont produits depuis le début de notre mission, à commencer par un tremblement de terre, suivi d’un glissement de terrain qui emporta l’hôtel dans la mer. Actuellement, le morceau de terre sur lequel nous nous trouvons se déplace dans l’Océan Arctique à quelques lieues seulement de la côte du Groenland.
MADAME MARIA
Autrement dit, nous ne sommes pas sorties d’affaires.
LIEUTENANT POPONETZ
C’est le moins qu’on puisse dire. C’est pourquoi je vous conseille de rester prudente au cours des prochaines heures. Nous ne sommes pas à l’abri d’un drame.
MADAME MARIA
Vous pensez que notre vie est en danger ?
LIEUTENANT POPONETZ
Tout laisse à penser que cette mission ne sera pas de tout repos.
MADAME MARIA
Qu’est-ce qui vous fait dire cela, Lieutenant Poponetz ?
LIEUTENANT POPONETZ
J’ai entendu retentir des coups de feu ce matin.
MADAME MARIA
Moi aussi. Ils venaient du hall d'entrée.
LIEUTENANT POPONETZ
Les miens venaient du couloir.
Soudain, Mademoiselle Marguerite surgit les bras levés dans le hall d’entrée, poursuivie par Miss Ursula qui tire en l'air à plusieurs reprises avec un pistolet...
MISS URSULA
Tu ne t'en sortiras pas comme ça, Marguerite. Retourne dans ta chambre immédiatement !
MONSIEUR VLAD
Un problème, Madame Ursula?
MISS URSULA
Ce matin, Mademoiselle Marguerite a profité de mon absence pour s'évader de la chambre qui l'a retenait prisonnière. J'ai mis plus de deux heures pour la retrouver. Figurez-vous qu’elle s'était réfugiée dans la chambre du Comte de la Bouche-En-Biais.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je me suis rendue dans toutes les chambres de l’hôtel pour retrouver le cigare qu'on m'a volé et le hasard a voulu que la porte du Comte s'ouvre à ce moment-là. Celui-ci m'invita ensuite à déguster une coupe de Champinelle en sa compagnie, ce que j’accepta bien volontiers. J’étais très angoissée et Sa Majesté m’a remonté le moral.
MISS URSULA
Sa Majesté est tombée sous le charme de la belle, ce qui n’était pas prévu au programme.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Le cœur a ses raisons que la raison ne connait point !
MONSIEUR VLAD
Mademoiselle Marguerite a fini par retrouver son cigare ?
MADEMOISELLE MARGUERITE
Toujours pas. J'ignore qui me l'a dérobé, mais si je l'attrape, je jure qu'il va passer un mauvais quart d'heure.
MISS URSULA
Pour l'instant, c'est toi qui va passer un mauvais quart d'heure. Tu vas retourner dans ta chambre et te conformer à mes règles.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous permettez que je m’en mêle ?
MISS URSULA
Je ne crois pas vous connaitre, cher Monsieur ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Permettez-moi de me présenter, je suis le Lieutenant Poponetz. Je dormais gentiment dans ma chambre quand soudain j’entendis retentir des coups de feu.
MISS URSULA
Alors, vous vous êtes inquiété, ce qui est logique en pareille circonstance. Vous vous êtes dit : « Mais que se passe-t-il ? D’où proviennent ces coups de feu ? Quelqu’un aurait-il commis un meurtre dans l’hôtel ? De qui peut-il bien s’agir ? » Et comme vous êtes policier de profession, vous vous êtes aussitôt porté volontaire pour mener une enquête.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Bravo ! C’est ce qui s’appelle « faire un sans-faute » en criminologie, ce qui vous vaut la note de 20 sur 20 ! A qui ai-je l’honneur ?
MISS URSULA
Miss Ursula ! Un conseil, ne vous approchez pas trop près de moi, car je suis comme la hyènes qui n’a qu’une seule envie lorsqu’elle est affamée, c’est de dévorer tous ceux qui se présentent devant elle.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je suppose que le pistolet que vous tenez en main vous appartient ?
MISS URSULA
Il fait souvent mon bonheur lorsque j’ai envie de me débarrasser d’une concurrente.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous allez gentiment me le donner et tout se passera bien ensuite.
MISS URSULA
Le problème est qu’il est pointé sur vous et que si j’appuie sur la gâchette, je transforme aussitôt votre cervelle en compote.
Soudain, Robertino entre dans le hall avec une canne dans une main et une étoile en or qu’il fait rebondir dans l’autre main ; celui-ci porte une longue chevelure frisée noire, une veste verte, un pantalon blanc, une paire de chaussures rouges et un masque arc-en-ciel sur le visage...
En l’espace d’un éclair de temps, Robertino lance l’Etoile dans la direction direction de Miss Ursula qui éclate devant ses pieds, ce qui a pour effet de la faire disparaitre comme par magie…
FIN DE LA SCENE 4
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ACTE 1 - SCENE 5
ROBERTINO
Et hop ! Une bonne claque aux mauvaises odeurs !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Monsieur, je vous suis reconnaissant pour m’avoir sauver la vie.
ROBERTINO
Enchanté de faire votre connaissance, Lieutenant Poponetz ! On m’a beaucoup parler de vous dans le voisinage.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Puis-je connaitre le nom du mystérieux héros masqué qui vient de me sauver la vie ?
MADEMOISELLE MARGUERITE
J’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part !?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Ce n’est pas à vous que je pose la question, Mademoiselle Marguerite.
MADEMOISELLE MARGUERITE
J’ai tout de même le droit de m’exprimer.
MADAME MARIA
Vous feriez mieux de la mettre en veilleuse, ma belle. Je vous rappelle que le lieutenant Poponetz a failli se prendre une balle dans la cervelle à cause de vous.
Soudain, Ringo Del la Sierra entre dans le hall avec son vélo d’appartement en tenant un cigare dans une main ; celui-ci fait plusieurs tours dans le hall…
RINGO DEL LA SIERRA
« Madre, la mi madre,
Guardas me ponéis ;
Que si yo no me guardo,
No me guardaréis.
Dicen que está escrito,
Y con gran razón,
Ser la privación
Causa de apetito ;
Crece en infinito
Encerrado amor.
Por eso es mejor
Que no me encerréis ;
Que si yo me guardo
No me guardaréis. »
Miguel de Cervantes Saavedra(1547 - 1616)
MADAME MARIA
J’ai déjà vu ce type quelque part !?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il s’agit du prisonnier de Lady Shirley. Depuis ce matin, elle le traine derrière elle comme un petit toutou. Quelque chose ne tourne pas rond chez eux !?
Ringo Del la Sierra quitte les lieux sur son vélo d’appartement avec son cigare dans une main…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Enfin, il a retrouvé sa liberté !
ROBERTINO
Je ne suis pas aussi sûr que vous, Mademoiselle Marguerite. Je pense plutôt qu’il s’agit d’une liberté provisoire.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
ROBERTINO
On ne s'échappe pas d'une île aussi facilement. Et puis, Lady Shirley en a trop besoin. Son Chouchou représente une monnaie d’échange pour elle.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Monsieur semble en savoir beaucoup plus que moi.
ROBERTINO
Je ne ferais pas mystère de mon nom plus longtemps. Je me présente : Robertino pour les intimes. Pour en revenir à ce pauvre Chouchou, il se trouve que j’ai fait une petite enquête de mon côté. C’est ainsi que j’appris qu’il s’agissait en vérité de Ringo Del la Sierra Président Directeur General de Caracas. J’appris aussi que ce dernier s’était fait enlevé en janvier dernier et que Lady Shirlez n’est autre que sa ravisseuse.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je crois que nous allons faire du très bon boulot ensemble, Robertino.
ROBERTINO
A votre service, mon Lieutenant !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Et si nous parlions davantage de vous, mon cher Robertino. Je ne me souviens pas vous avoir croisé une seule fois dans les couloirs de cet hôtel. Vous êtes dans l’île depuis combien de temps ?
ROBERTINO
J’y suis depuis un certain moment. J’ai pour habitude d’opérer discrètement sur un terrain déjà occupé par un officier de police, mais en aucun cas je n’empiète sur son enquête. Et d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un éminent lieutenant de police reconnue dans tout le Royaume de Roumanywood pour avoir résolu de grandes affaires au sein du célèbre Club de la Reine. Toujours est-il que vous voilà débarrassé, mon Lieutenant, d’un élément gênant quant à la bonne marche à suivre de votre enquête. Depuis quelques jours, Ursula commençait à poser de sérieux problèmes à la clientèle.
LE LIEUTENANT POPONETZ
J’ai de bonnes raisons de croire qu’elle s’apprêtait à commettre une tuerie de masse.
ROBERTINO
Cela faisait plusieurs jours que j’étais sur ses talons. J’attendais le moment propice pour pouvoir la neutraliser.
LE LIEUTENANT POPONETZ
C’est plutôt réussi de votre part ! D’ailleurs, à ce propos, il faudra que vous m’expliquiez comment vous vous y êtes pris pour faire disparaitre la hyène ? C’est arrivé si vite tout à l’heure que je n’y ai vu que du feu !
ROBERTINO
Je m’excuse, mais un magicien n'a pas vocation à révéler ses secrets.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous ne voulez vraiment pas m’apprendre un petit tour ?
ROBERTINO
Je préfèrerais aborder un sujet plus sérieux qui nous concerne directement. En effet, il n’est pas impossible que d’autres clients vous créent des problèmes au cours des prochaines heures.
LE LIEUTENANT POPONETZ
C’est justement ce que je disais à Madame Maria qui vient tout juste de se joindre à notre équipe d’intervention.
ROBERTINO
Plus on est de fou et plus on s’amuse. Mes hommages, Madame Maria !
MADAME MARIA
A votre place, je ne prendrais pas cette mission à la légère, Monsieur Robertino.
ROBERTINO
Je disais cela sur le ton de la plaisanterie.
MADAME MARIA
C’est bizarre, vous employez le même vocabulaire que mon compagnon dont j’ai perdu la trace.
ROBERTINO
En cherchant bien, vous finirez par le retrouver.
MADAME MARIA
Son petit jeu ne me plait guère.
Soudain, Mademoiselle Anastasia (femme parachutiste) vêtue d’une longue robe rose tombe du ciel et traverse le plafond du hall d’entrée en l’éclatant…
FIN DE LA SCENE 5
-------------
ACTE 1 - SCENE 6
Robertino se retire discrètement…
MONSIEUR VLAD
Vous permettez, Mademoiselle Anastasia, que je vous aide à vous relever.
Monsieur Vlad accourt au-devant de Mademoiselle Anastasia pour l'aider à se relever...
MADEMOISELLE ANASTASIA
Vous savez qui je suis ?
MONSIEUR VLAD
J’ai reconnu votre longue chevelure blonde à la minute même où vous avez atterri sur le sol avec votre parachute. Si ma mémoire est bonne, vous aviez participé au Grand prix de l'Elégance l'été dernier à Giurgiu dans le restaurant de la Tour de l’Horloge pour être très précis.
MADEMOISELLE ANASTASIA
J’en garde un souvenir mitigé. Le jour du Grand prix, j'étais opposée à deux redoutables concurrentes qui ne m’ont fait aucun cadeau.
MONSIEUR VLAD
Trois femmes très ambitieuses.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Mon parachute a atterri à quel endroit exactement?
MONSIEUR VLAD
Soyez la bienvenue au Groenland !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je n’ai pas rêvé, c’est bien vous, Mademoiselle Anastasia !
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je vois que le Lieutenant Poponetz m'a conservé dans sa mémoire.
LE LIEUTENANT POPONETZ
C'est que vous avez fait forte impression auprès des spectateurs l’été dernier. Votre jeu d’actrice m’a beaucoup plus.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je suis très heureuse de l’apprendre.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Maintenant que les retrouvailles ont été faites, vous allez pouvoir répondre à mes questions. Pour commencer, puis-je savoir ce qui vous amène parmi nous ? Tachez de ne pas mentir !
MONSIEUR VLAD
Ne la brusquez pas trop, Lieutenant, elle encore sous le choc !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je vous prie de bien vouloir retourner à votre poste, Monsieur Vlad.
MADAME MARIA
Vous n’avez plus besoin de moi, Lieutenant ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je me passerai de vos services pour l’instant, Madame Maria.
MADAME MARIA
Dans ce cas, je me retire. Si vous avez des nouvelles de Roberto, n’hésitez pas à me le faire savoir !
Madame Maria sort…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Puis-je me retirer également, Lieutenant ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Pas encore, Mademoiselle Marguerite.
MADEMOISELLE MARGUERITE
J’ai passé une matinée très difficile et j’aimerais pouvoir me reposer.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous vous retirerez seulement quand je vous en donnerez l’ordre. Poursuivons cet interrogatoire, Mademoiselle Anastasia. Répondez à ma question !
MADEMOISELLE MARGUERITE
A vrai dire, je l’ignore !?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je m’attendais à plus de perspicacité de votre part.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je regrette, mais je n’ai pas les idées claires.
LE LIEUTENANT POPONETZ, frappe dans ses mains
Qu’on lui apporte une coupe de Champinelle !
Martisoara (cheveux roux tressés) surgit avec un plateau sur lequel repose plusieurs coupes de vin…
MARTISOARA
Voilà, voilà, j’arrive !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Un petit remontant vous remettra les idées en place, Mademoiselle Marguerite !
Martisoara sert une coupe de Champinelle à tout le monde…
Mademoiselle Marguerite se retire discrètement…
MARTISOARA
Dites-moi, Lieutenant, vous n’auriez pas vu Sylvestre par hasard ? Monsieur ne donne plus signe de vie depuis ce matin.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Votre mari n’est pas le seul à avoir jeté l’éponge.
MARTISOARA
Comment ça ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Ces derniers temps, j’ai pu constater que plusieurs membres du Club ont abandonné la mission qui nous a été confiée. A commencer par Dona Crina d’Alba. Puis ce fut au tour de Roberto. Et maintenant c’est au tour de Sylvestre. Quelque chose ne tourne pas rond !?
MARTISOARA
En ce qui concerne la Duchesse d’Onesti, je peux vous affirmer que celle-ci passe son temps à dormir.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je n’ai plus de nouvelles non plus de Lady Mysterious.
MARTISOARA
Elle se porte à merveille. Elle passe la majeure partie de son temps à lire les Mémoires de Roberto.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je vous remercie pour ces informations.
MARTISOARA
Bonne journée, Lieutenant.
Martisoara sort…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Mademoiselle Anastasia s’est-elle remise de ses émotions ? Très bien. A présent, vous allez pouvoir faire marcher votre cervelle.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Ce dont je me souviens, c’est que je me rendais au Canada à bord d’un avion quand le drame est survenu. Il se trouve qu’une balle a traversé le réservoir de l’avion. Je n’avais d’autres choix que de sauter en parachute avant que l’avion n’explose en plein vol. C’est la seule explication que je peux vous donner.
Lady Shirley surgit en larme dans le hall en tenant un tableau dans sa main sur lequel est représenté Ringo Del la Sierra sur son vélo d’appartement…
LADY SHIRLEY
Au secours ! Au secours !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Pourquoi pleurez-vous, Lady Shirley ? Quelque chose ne va pas ?
LADY SHIRLEY
Un grand malheur s’est produit dans ma chambre. Chouchou a disparu !
LE LIEUTENANT POPONETZ, frappe dans ses mains
Qu’on lui apporte un petit remontant !
Martisoara (cheveux roux tressés) surgit avec un plateau sur lequel repose plusieurs coupes de vin Martisoara et sert une coupe de Champinelle à Lady Shirley…
LADY SHIRLEY
Sans lui, je suis foutue !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Qu’en est-ce arrivé ?
LADY SHIRLEY
A l’instant. Il a suffit que je tourne le dos cinq minutes pour qu’il disparaisse.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je tiens tout de suite à vous rassurer, Ringo Del la Sierra va très bien. Il était là il y a un quart d’heure et je vous prie de croire qu’il était en grande forme.
LADY SHIRLEY
Mais alors, il n’a pas disparu !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il avait tout simplement besoin d’un peu de liberté. La vie de prisonnier commençait à l’étouffer. Vous savez, ce n’est pas facile d’être maintenu comme un chien au bout d’un lasso toute la journée. On finit par se révolter.
LADY SHIRLEY
Je ne comprends pas ce qui s’est passé dans sa tête !? Avec moi, il était libre. Il avait tout ce qu’il voulait. Il appréciait beaucoup le traitement que je lui faisais subir nuit et jour. Jamais il ne s’en plaignait.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il faut croire que non puisqu’il vous a filé entre les pattes.
Lady Shirley s’agenouille devant le lieutenant et s’agrippe à son pantalon…
LADY SHIRLEY
Ce n’est pas une raison pour me quitter.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Parfois, il ne suffit pas de grand-chose pour que l’esclave se soulève contre son maitre.
LADY SHIRLEY
Aurais-je commis un acte odieux qui aurait pu pousser mon Chouchou à se révolter contre moi ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous lui avez interdit de fumer son cigare.
LADY SHIRLEY
Je ne le savais pas susceptible à ce point.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je crains que vous ne l’ayez perdu à tout jamais.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je vous en supplie, Lieutenant, aidez-moi à récupérer mon Chouchou. Sans lui, ma vie est brisée !
LE LIEUTENANT POPONETZ
A combien sa tête est mise à prix ?
LADY SHIRLEY
Je ne comprends pas votre question ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous savez très bien ce que je veux dire.
LADY SHIRLEY
Alors comme cela, vous me soupçonnez de vouloir marchander mon Chouchou contre de l’argent.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Les premières conclusions de mon enquête tendent à aller dans ce sens.
FIN DE LA SCENE 6
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ACTE 1 – SCENE 7
Soudain, Monsieur Sylvestre surgit une enveloppe jaune à col rose dans une main…
SYLVESTRE
Ça par exemple ! Ne me dites pas que le Lieutenant Poponetz est sur le point de se marier avec la pulpeuse Lady Shirley ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
C’est seulement maintenant que vous apparaissez, Sylvestre.
SYLVESTRE
La vie est belle, mon Lieutenant ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je vous signale que votre femme vous cherche partout.
SYLVESTRE
Et moi, je cherche Monsieur le Comte.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il est allé se balader sur la plage.
SYLVESTRE
Vous voulez bien lui remettre ce courrier de ma part.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous voyez bien que je suis occupé.
MONSIEUR VLAD
Je veux bien m’en charger, Monsieur Sylvestre.
Sylvestre remet l’enveloppe à Monsieur Vlad…
SYLVESTRE
Je vous remercie, Monsieur Vlad. Bonne journée, tout le monde !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous partez déjà, Sylvestre ! Et pour votre femme ?...
SYLVESTRE
Vous n’aurez qu’à lui dire que je fais la sieste.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je ne lui dirai rien du tout.
SYLVESTRE
Vous me rendriez un grand service.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je procède actuellement à un interrogatoire et je n’ai pas le temps de vous couvrir. Vous pouvez disposer, Monsieur Sylvestre.
SYLVESTRE
Une dernière chose !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous voulez bien me lâcher la grappe cinq minutes !
SYLVESTRE
En principe, c’est le mari qui s’agenouille pour demander la main à sa prétendante et non le contraire.
Sylvestre sort…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Nous reprendrons cet interrogatoire une autre fois, Lady Shirley. J’ai besoin de me désaltérer.
LADY SHIRLEY
Je peux disposer, Lieutenant ? Je commence à avoir des douleurs au talons.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Oui, mais à condition de ne pas trop vous éloigner de l’hôtel. Je vais encore avoir besoin de vous dans les prochaines heures pour une confrontation au sommet. Je vous avertirais le moment venu. Mes amitiés à Monsieur le Comte!
Lady Shirley sort…
Le Lieutenant Poponetz frappe dans ses mains…
Martisoara (cheveux roux tressés) surgit avec un plateau sur lequel repose plusieurs coupes de vin…
MARTISOARA
A votre service, Lieutenant Poponetz !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous arrivez à temps pour faire le plein, Martisoara.
Martisoara lui sert une coupe de Champinelle…
MARTISOARA
Votre plan fonctionne-t-il comme vous l’espériez, mon Lieutenant ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je m’approche lentement mais surement de l’issue de cette enquête.
MARTISOARA
A propos, vous avez des nouvelles de Sylvestre ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je ne suis pas sensé me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais si j’étais vous je le surveillerai de très près avant qu’il ne fasse des bêtises.
MARTISOARA
Vous savez où il est ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Si j’étais vous, j’irais jeter un coup d’œil dans sa chambre.
MARTISOARA
J’y vais de ce pas.
Martisoara quitte les lieux…
LE LIEUTENANT POPONETZ
A nous deux, Mademoiselle Marguerite ! Mais où est-elle passée ? Cette vilaine a pris la fuite sans mon consentement ? A mon avis, elle quelque chose à se reprocher. Il va me falloir redoubler de vigilance.
Le Lieutenant quitte les lieux à son tour…
Mademoiselle Marguerite et Mademoiselle Anastasia surgissent dans le hall…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je regrette, Anastasia, mais le Comte est déjà pris.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Ce n’est pas ce qu’on raconte dans le voisinage. Parait-il qu’il aurait rompu avec Lady Mysterious l’an passé et qu’il serait libre de tout attache.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Sauf qu’entre-temps, Sa Majesté a fait des retrouvailles avec une ravissante déesse avec laquelle il compte bien finir ses jours.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Quand il me verra, il changera d’avis. J’en mets ma main à couper !
MADEMOISELLE MARGUERITE
Vous rêvez, ma chère. Le Comte a déjà jeté son dévolu sur quelqu’un d’autre.
MADEMOISELLE ANASTASIA
C’est à moi qu’il passera la bague autour du doigt, à moi seule ! J’en mets ma main à couper !
MADEMOISELLE MARGUERITE
Au risque de vous décevoir, il m’a déjà promis le mariage.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Il m’a fait la même promesse l’an passé. Le Prix Nobel de l’Elégance venait tout juste de s’achever. Et c’est au cours d’une promenade nocturne au bord du Danube qu’il me déclara sa flamme tout en me promettant de m’épouser. Hélas, le soir en question, je fus contrainte de devoir le quitter pour une raison d’Etat. Depuis, je me suis jurée que plus aucun obstacle ne se mettrait en travers de nous.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je rêve ! Vous n’êtes pas sérieuse ?
MADEMOISELLE ANASTASIA
Pourquoi croyez-vous que je suis ici ?
MADEMOISELLE MARGUERITE
Vous n’êtes pas tombée du ciel par hasard.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je suis venue prendre ma revange sur mes deux rivales.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je ne vous laisserai pas marcher sur mes plates-bandes.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je t’attends de pied ferme !
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je relève le défi !
Le Comte de la Bouche-en-Biais surgit avec une coupe de vin dans une main et une canne dans l’autre main…
LE COMTE
« Qu’elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent !
Elle avait, au soleil levant,
Toutes les couleurs de l’agate ;
Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin ;
Sa quille mince, longue et plate,
Portait deux bandes d’écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés ;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu’un pirate,
En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
— Qu’elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu’elle voguait dans le vent ! »
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 1
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je trouve Votre Majesté bien mélancolique.
LE COMTE
La Salamandre a disparu du port en laissant tout l’équipage orphelin. Dieu sait qu’elle commence à me manquer !
MADEMOISELLE ANASTASIA
Monsieur le Comte pourra toujours se consoler dans mes bras en l’absence de sa goélette.
LE COMTE
Je n’en crois pas mes yeux ! C’est vraiment vous, Anastasia ?
MADEMOISELLE ANASTASIA
Contente de te revoir, beau gosse !
Anastasia se pend à son cou…
LE COMTE
Quelle surprise ! Si j’avais su que vous séjourniez à l’hôtel de la Plage, je vous aurais fait apporter une bouteille de Champinelle dans votre chambre.
MADEMOISELLE ANASTASIA, pendue à son cou
Cela peut toujours se faire, mais c’est toi qui me l’apporte !
LE COMTE
Vous êtes toujours aussi resplendissante. M'accorderiez-vous cette danse ?
Le Comte et Anastasia dansent un slow dans le hall au son de la trompette de Fernando Figlio Del Vento… …
MADEMOISELLE ANASTASIA, s’adresse à Marguerite à voix basse
Que dis-tu de cela, Marguerite ? Il suffit que j’apparaisse devant lui et le tour est joué ! Ce type est une crème, je peux en faire ce que je veux !
MADEMOISELLE MARGUERITE
Tu me le paieras très cher, mais alors très cher, petite garce !
MADEMOISELLE ANASTASIA, s’adresse à Marguerite à voix basse
La bague sera pour moi et rien que pour moi, poulette !
MADEMOISELLE MARGUERITE
Vipère !
LE COMTE
Je ne vous entends plus, Anastasia. A quoi pensez-vous ?
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je pense à la promesse de mariage que tu m’as faite à Giurgiu l’été dernier.
LE COMTE
C’est-à-dire que je ne m’attendais plus du tout à vous revoir.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Ferme-la, idiot et embrasse la future mariée !
LE COMTE
Je vous en prie, Anastasia… nous ne sommes pas seuls.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Tu ne faisais pas autant de manière au bord du Danube. Dépêche-toi de m’embrasser ou je te colle une gifle !
LE COMTE
Ce soir-là, c’était un accident. Je n’étais pas dans mon état normal. Je sortais d’une rupture sentimentale…
MADEMOISELLE ANASTASIA
Alors, comme ça, tu m’as pris pour ton pneu de rechange. Pauvre type !
Anastasia repousse violemment le Comte et lui colle une gifle…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je ne te permets pas de toucher à mon homme, vipère ! (Elle gifle Anastasia et plonge ensuite dans les bras du Comte) A mon tour !
Anastasia tombe à terre…
Marguerite et le Comte dansent un slow dans le hall au son de la trompette de Fernando Figlio Del Vento…
LE COMTE
« Brest vante son beau port et cette rade insigne
Où peuvent manœuvrer trois cents vaisseaux de ligne ;
Boulogne, sa cité haute et double, et Calais,
Sa citadelle assise en mer comme un palais ;
Dieppe a son vieux château soutenu par la dune,
Ses baigneuses cherchant la vague au clair de lune,
Et ses deux monts en vain par la mer insultés ;
Cherbourg a ses fanaux de bien loin consultés,
Et gronde en menaçant Guernsey la sentinelle
Debout près de Jersey, presque en France ainsi qu’elle.
Lorient, dans sa rade au mouillage inégal,
Reçoit la poudre d’or des noirs du Sénégal ;
Saint-Malo dans son port tranquillement regarde
Mille rochers debout qui lui servent de garde ;
Le Havre a pour parure ensemble et pour appui
Notre-Dame-de-Grâce et Honfleur devant lui ;
Bordeaux, de ses longs quais parés de maisons neuves,
Porte jusqu’à la mer ses vins sur deux grands fleuves ;
Toute ville à Marseille aurait droit d’envier
Sa ceinture de fruits, d’orange et d’olivier ;
D’or et de fer Bayonne en tout temps fut prodigue ;
Du grand Cardinal-Duc La Rochelle a la digue ;
Tous nos ports ont leur gloire ou leur luxe à nommer :
Mais Toulon a lancé La Sérieuse en mer.
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 2
MADEMOISELLE MARGUERITE
Que vous me semblez ailleurs, Monsieur le Comte !
LE COMTE
Quoi donc ?
Marguerite repousse violemment le Comte et lui colle une gifle…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Je crois bien que ce n’est pas mon soir.
FIN DE LA SCENE 7
-----------
ACTE 1 – SCENE 8
Lady Shirley entre dans le hall et gifle Marguerite…
LADY SHIRLEY
Je peux savoir ce que tu faisais dans les bras de mon homme, petite idiote ?
Mademoiselle Anastasia s’approche de Lady Shirley et la gifle…
MADEMOISELLE ANASTASIA
Ce n’est pas Marguerite qui était dans ses bras, c’était moi ! Ça te dérange, vilaine sorcière ?
Lady Shirley s’approche d’Anastasia et la gifle…
LADY SHIRLEY
Tu me provoques maintenant, petite morveuse !
Mademoiselle Marguerite s’approche d’Anastasia et la gifle…
MADEMOISELLE MARGUERITE, gifle Anastasia
C’est moi qui était dans ses bras !
Lady Shirley s’approche de Marguerite et la gifle…
LADY SHIRLEY
Retourne dans ta chambre immédiatement, Marguerite !
Le Comte s’approche de Lady Shirley et la gifle…
LE COMTE
Marguerite n’ira nulle part !
Lady Shirley gifle le Comte…
LADY SHIRLEY
C’est donc pour elle que tu voulais me quitter !
Mademoiselle Anastasia s’approche de Lady Shirley et la gifle…
MADEMOISELLE ANASTASIA
C’est moi qu’il va épouser !
Mademoiselle Marguerite s’approche d’Anastasia et la gifle…
MADEMOISELLE MARGUERITE
Pousse-toi de mon chemin, Anastasia ! C’est moi sa future femme et personne ne me le prendra. Tu m’entends ? Personne ne me le prendra !
Marguerite se blottit dans les bras du Comte…
Au même moment, Monsieur Sylvestre entre dans le hall sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc, laquelle tient un plateau en main sur lequel repose une bouteille de Champinelle et plusieurs coupes de vin…
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Pardon de vous interrompre, Mister Comte, mais c’est l’heure de « L’Apéro Coolos » aux douces saveurs nocturnes pour les amoureux de la Dolce Vita !
Sylvestre (Lucienne Sylvestrine) sert une coupe de Champinelle à tout le monde…
Marguerite est toujours blottie dans les bras du Comte…
LE COMTE, avec Marguerite dans ses bras
Il me semble vous avoir déjà vue quelque part, Madame !?
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Vous ne me reconnaissez pas, mon bichounet ?
LE COMTE
C’est vraiment vous, « Lucienne Sylvestrine » ?
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Never can say goodbye, mon Bichounet ! Eh bien, qu’attends-tu pour me présenter à tes jolies copines ?
LE COMTE
Mesdames, permettez-moi de vous présenter Lucienne Sylvestrine de Casablanca avec qui je noue une longue amitié depuis la fin du siècle dernier.
Sylvestre fait le baisemain aux trois femmes…
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Monsieur le Comte a vraiment du goût, il sait choisir ses fiancées. Ravie de faire votre connaissance, Mesdames ! Je sens que je vais passer une bonne soirée en votre compagnie !
LE COMTE
Revenons à nous, chère amie. Depuis quand êtes-vous ici ?
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Depuis le premier jour où je fus embauchée comme serveuse à l’hôtel de la Playa !
Le Comte repousse Marguerite et se saisit du bras de Lucienne Sylvestrine (alias Sylvestre) avec laquelle il fait quelques pas dans le hall…
LE COMTE
De temps à autre, il m’arrive de repenser à tous ces bons moments que nous vécûmes comme une tranche de vie irréelle lorsque nous partîmes en croisière aux quatre coins du monde à bord de la Salamandre.
La trompette de Fernando Figlio Del Vento retentit depuis l’extérieur…
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
« Quand la belle Sérieuse
Pour l’Égypte appareilla,
Sa figure gracieuse
Avant le jour s’éveilla ;
A la lueur des étoiles
Elle déploya ses voiles,
Leurs cordages et leurs toiles,
Comme de larges réseaux,
Avec ce long bruit qui tremble,
Qui se prolonge et ressemble
Aux bruits des ailes qu’ensemble
Ouvre une troupe d’oiseaux. »
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 3
Tous deux continuent de faire les cent pas bras dessus, bras dessous…
LE COMTE
« Dès que l’ancre dégagée
Revient par son câble à bord,
La proue alors est changée,
Selon l’aiguille et le Nord.
La Sérieuse l’observe,
Elle passe la réserve,
Et puis marche de conserve
Avec le grand Orient :
Sa voilure toute blanche
Comme un sein gonflé se penche ;
Chaque mât, comme une branche,
Touche la vague en pliant.
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 4
Lady Shirley s’approche du Comte et le gifle…
LADY SHIRLEY
C’est pour elle que tu nous quittes ?
Sylvestre gifle Lady Shirley…
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc), gifle Lady Shirley
Laisse mon Bichounet tranquille, morveuse ! Je ne te laisserai pas gâcher nos retrouvailles.
MADEMOISELLE ANASTASIA
Je propose quelque chose. Soit le Comte nous épouse toutes les trois, soit il épouse son ancienne copine.
MADEMOISELLE MARGUERITE
Tu as raison, Anastasia, il faut qu’il fasse un choix.
LADY SHIRLEY
Nous vous écoutons, Majesté !
Soudain, Lady Mysterious (chapeau rouge qui lui recouvre une partie du visage et d’une longue robe rouge) surgit dans le hall…
LADY MYSTERIOUS
Je peux savoir ce qui se passe dans ce hall ?
LE COMTE
Vous m’excuserez, Lady Mysterious, mais je suis en pleine affaire. Vous voulez bien retourner dans votre chambre.
LADY MYSTERIOUS
Je peux savoir ce que vous mijotez exactement ?
LE COMTE
Je compte épouser l’une de ces dames.
LADY MYSTERIOUS
Vous avez perdu la tête, mon ami.
LE COMTE
Cela vous dirait-il d’être mon témoin de mariage ?
Lady Mysterious gifle le Comte…
LADY MYSTERIOUS
Cela suffit ! Cessez de vous moquer de moi !
Un coup de sifflet retentit…
Tout le monde sursaute…
Le Lieutenant Poponetz entre dans le hall avec un tableau en main sur lequel est représenté un ours polaire…
LE LIEUTENANT POPONETZ
La partie est terminée ! Les mains en l’air ! Et que personne ne bouge !
Tout le monde lève les mains en l’air…
FIN DE LA SCENE 8
-------------------
ACTE 1 – SCENE 9
Tout le monde garde les mains levées…
LE COMTE
A l’aide, mon Lieutenant ! A l’aide ! Je suis victime de harcèlement !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Cessez de me prendre pour plus idiot que je ne suis, Monsieur le Comte, nous ne sommes plus en primaire. Avouez que ça vous plait de vous faire cajoler par trois femmes en chaleur.
LE COMTE
Il n’y a pas de mal à se faire du bien que je sache.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Sauf que là, vous êtes en train de faire la plus grosse bêtise de votre vie.
LE COMTE
Je ne vois pas en quoi cela dérange ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Son Altesse verrait d’un mauvais œil la manière dont vous vous comportez actuellement et ne saurait vous le pardonner.
LADY MYSTERIOUS
Je confirme.
LE LIEUTENANT POPONETZ
D’autre part, vous mettez en péril notre mission. Je vous conseille de vous ressaisir. Nous ne sommes pas au Club Méditerranée.
LADY MYSTERIOUS
Exactement.
LE COMTE
Je précise que je suis célibataire et que je n’ai aucun compte à rendre à qui que ce soit, pas même à Son Altesse. Alors, faites-moi le plaisir d’aller enquêter ailleurs. Avec moi, vous perdez votre temps, Lieutenant.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Ce n’est pas contre vous que j’en ai, Majesté, mais contre ces trois dames qui ont certainement des choses à se reprocher.
LE COMTE
Elles n’ont rien à voir dans cette histoire.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Au contraire, elles sont mêlées jusqu’au cou.
LE COMTE
Jusqu’à présent, je n’ai rien suspecté chez elles.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Toutes les trois ont un projet identique.
LE COMTE
Vous me l’apprenez !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il s’agit des conclusions de mon enquête. En effet, en faisant des recherches sur la plage, je suis tombé nez à nez sur une jeune fille qui pleurait à chaudes larmes. Elle tenait dans ses mains le tableau que voici représentant son vieil ami l’ours polaire qui venait de se noyer l’instant plus tôt dans les eaux gelées du Groenland.
LE COMTE
Nous avons tous perdus au moins un animal au cours d’une vie.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Oui, bien sûr. Sauf que là, il ne s’agit pas d’une banale noyade puisqu’elle fut provoquée par l’une de vos copines.
LE COMTE
Vous commencez à m’endormir, Lieutenant. Abrégez, je vous prie.
LE LIEUTENANT POPONETZ
L’une de vos copines, disais-je, empêcha l’ours de rejoindre la plage à la nage en le bombardant avec des boules de neige. Plus l’animal lui tenait tête et plus il fut repoussé, si bien qu’au bout d’un moment, ses forces s’amoindrirent, et ce qui devait arriver arriva. En le voyant se noyer, votre copine s’est juste contentée de rire plutôt que de lui venir en aide. Je vais donc procéder à un interrogatoire afin de déterminer laquelle des trois est la coupable.
LE COMTE
Que faites-vous de la présomption d’innocence ? Il ne suffit pas d’accuser quelqu’un sans en avoir la moindre preuve.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Au moment des faits, plusieurs témoins se trouvaient sur les lieux. Ils ne vont pas tarder à venir pour effectuer une reconnaissance faciale.
LE COMTE
Ce sera tout, Lieutenant ? Dans ce cas, vous pouvez disposer.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il me reste une autre affaire à élucider. Elle concerne l’enlèvement de Ringo Del la Sierra. D’après tous les éléments que je dispose, il n’est pas impossible que ce soit encore l’une de vos copines. Il est probable aussi qu’elles soient toutes les trois complices dans cette sordide affaire ?!
LADY MYSTERIOUS
Vos copines accumulent les boulettes, Monsieur le Comte.
LE COMTE
Vous feriez mieux de rester en dehors de mes affaires, Lady Mysterious.
LADY MYSTERIOUS
Qui se ressemble s’assemble ! Sur ces mots, je vous dit « Adieu », Monsieur !
Lady Mysterious quitte les lieux…
Le Lieutenant Poponetz déguste sa coupe de Champinelle…
Anastasia, Marguerite et Lady Shirley ont toujours les mains levées…
Monsieur Vlad quitte momentanément l’accueil pour remettre l’enveloppe jaune à col rose à Monsieur le Comte…
MONSIEUR VLAD, remet l’enveloppe au Comte
Monsieur Sylvestre m’a remis ce courrier pour vous, Majesté.
LE COMTE
Je le lirai tout a l’heure à tête reposée. Merci.
Monsieur Vlad retourne à l’accueil…
LE LIEUTENANT POPONETZ, frappe dans ses mains
J’appelle les trois copines de Monsieur le Comte de la Bouche-en-Biais à s’avancer au centre de la pièce.
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Laissez donc ces trois poupées tranquille, Lieutenant, vous allez gâcher mon bonheur !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je m’étonne de vous voir ici, Lucienne Sylvestrine ?!
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
J’ai été embauchée comme serveuse à l’hôtel de la Playa ! Qu’est-ce qui se passe ? Vous en faites une drôle de tête, mon Lieutenant ! Vous n’êtes pas content de me revoir ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
J’aurais préféré vous revoir dans un autre endroit et dans d’autres circonstances, ma belle sirène. Je mène actuellement plusieurs enquêtes à la fois et j’ai besoin de rester concentré. Votre présence risque de tout faire chavirer.
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Vous ne me demandez pas si je vais bien ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
Le restaurant de la Tour de l’horloge de Giurgiu ne vous manque pas trop ?
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Plus maintenant que j’ai retrouvé mes trois copines avec lesquelles j’ai passées de bons moments l’été dernier. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir diner aux Chandelles avec chacune d’elles. Mais qu’à cela ne tienne, je compte bien me rattraper.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Il n’est jamais trop tard pour bien faire, Lucienne Sylvestrine. Moi aussi, j’aurais bien voulu diner aux chandelles ce soir-là où j’ai flashé sur vous.
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Mon petit doigt me dit que le Lieutenant Poponetz va passer aux aveux.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Mon cœur a commencé à battre pour vous l’été dernier lorsque je vous surpris faisant le service dans le restaurant de la Tour de l’Horloge. Etant très timide, je n’ai pas osé venir vous exprimer tout l’amour que j’avais pour vous.
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
Si j’avais su cet été-là que vous aviez craqué pour mes beaux yeux aux clartés éternelles, je vous aurais tendu la main sans même réfléchir. Dans la foulée, Ulysse et Pénélope se seraient rendus sur le port de Constanza où était accostée la goélette enchantée et nous aurions glissés tous deux sur les flots écarlates d’une nuit céleste. Nos deux cœurs tendres auraient filés le parfait amour.
La trompette de Fernando Figlio Del Vento retentit depuis l’extérieur…
Sylvestre dépose son plateau et invite ensuite le Lieutenant Poponetz à danser un slow dans le hall…
LE LIEUTENANT POPONETZ
« Avec sa démarche leste,
Elle glisse et prend le vent,
Laisse à l’arrière L’Alceste
Et marche seule à l’avant.
Par son pavillon conduite,
L’escadre n’est à sa suite
Que lorsque, arrêtant sa fuite,
Elle veut l’attendre enfin :
Mais, de bons marins pourvue,
Aussitôt qu’elle est en vue,
Par sa manœuvre imprévue,
Elle part comme un dauphin. »
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 5
SYLVESTRE, sous les traits de « Lucienne Sylvestrine » enveloppée d’un drap blanc)
« Comme un dauphin elle saute,
Elle plonge comme lui
Dans la mer profonde et haute,
Où le feu Saint-Elme a lui.
Le feu serpente avec grâce ;
Du gouvernail qu’il embrasse
Il marque longtemps la trace,
Et l’on dirait un éclair
Qui, n’ayant pu nous atteindre,
Dans les vagues va s’éteindre,
Mais ne cesse de les teindre
Du prisme enflammé de l’air.
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 6
Le Lieutenant Poponetz et Lucienne Sylvestrine (alias Sylestre) continuent de danser un slow au son de la trompette de Fernando Figlio Del Vento…
Le Comte invite Marguerite à danser un slow…
LE COMTE
« Ainsi qu’une forêt sombre
La flotte venait après,
Et de loin s’étendait l’ombre
De ses immenses agrès.
En voyant Le Spartiate,
Le Franklin et sa frégate,
Le bleu, le blanc, l’écarlate
De cent mâts nationaux,
L’armée, en convoi, remise
Comme en garde à L’Artémise,
Nous nous dîmes : « C’est Venise
Qui s’avance sur les eaux. »
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 7
MARGUERITE
« Quel plaisir d’aller si vite
Et de voir son pavillon,
Loin des terres qu’il évite,
Tracer un noble sillon !
Au large on voit mieux le monde,
Et sa tête énorme et ronde
Qui se balance et qui gronde
Comme éprouvant un affront,
Parce que l’homme se joue
De sa force, et que la proue,
Ainsi qu’une lourde roue,
Fend sa route sur son front.
Alfred de Vigny (La frégate - La sérieuse)
- Poèmes antiques et modernes - 1826 – PARTIE 8
Soudain, le Lieutenant Poponetz repousse Lucienne Sylvestrine…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Ça suffit ! Je dois reprendre mon enquête. Allez m’attendre dans ma chambre, Lucienne Sylvestrine ! Et que ça saute ! Quand à vous, Mesdames, en place ! Les témoins vont bientôt arriver.
Robertino entre dans le hall au moment où les 3 femmes se placent au centre de la pièce…
En l’espace d’un éclair de temps, Robertino lance 3 étoiles en or dans la direction direction des trois femmes Miss Ursula qui éclatent devant leurs pieds, ce qui a pour effet de les faire disparaitre comme par magie…
FIN DE LA SCENE 9
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ACTE 1 – SCENE 10
La Salamandre (magnifique goélette a trois mat) apparait au même instant à proximité de l’îlot…
Sylvestre alias « Lucienne Sylvestrine » retire le drap qui l’enveloppait jusque-là, puis quitte l’hôtel discrètement…
La colombe vol au-dessus de la goélette...
Le Lieutenant Poponetz tient toujours le tableau en main sur lequel est représenté un ours polaire…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Vous venez de faire échouer mes plans, Robertino, juste au moment où je m’apprêtais à « mettre les points sur les i ». Qu’est-ce qui vous a pris de faire disparaitre les suspects de cette affaire ? Certes, j’apprécie beaucoup vos tours de magie, mais là vous abusez un peu.
ROBERTINO
Ce soir, mon Lieutenant va pouvoir dormir sur ses deux oreilles.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je suis tout ouïe.
ROBERTINO
J’ai l’immense bonheur de vous annoncer que votre enquête est terminée.
LE COMTE
Vous permettez que je mette mon grain de sel. Je peux savoir pourquoi Monsieur Robertino a fait disparaitre Marguerite alors que j’étais sur le point de la demander en mariage ?
ROBERTINO
Toutes mes félicitations, Majesté ! J’espère que vous me convierez à votre mariage.
LE COMTE
Cessez de me prendre pour un abruti ! Marguerite était le soleil de ma vie. Nous projetions d’aller passer notre lune de miel à Venise.
ROBERTINO
Je doute que Son Altesse appréciera.
LE COMTE
Je ne vois de qui vous voulez parler.
ROBERTINO
Monsieur Sylvestre m’a dit que c’est une longue histoire entre vous.
LE COMTE
Je l’ai effacée depuis longtemps de ma mémoire.
ROBERTINO
Monsieur Sylvestre laisse entendre que vous filez le parfait amour.
LE COMTE
Au lieu de raconter de telles inepties, Sylvestre ferait mieux de retourner sa langue sept fois dans sa bouche. Si jamais je l’attrape, il va voir de quel bois je me chauffe ! Quant à vous, Robertino, j’attends des explications concernant Marguerite. En la faisant disparaitre, ce sont tous mes rêves qui s’effondrent. Vraiment, je ne sais pas ce qui me retient de vous botter les fesses.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Calmez-vous, Monsieur le Comte. Si Robertino a agi ainsi, c’est qu’il devait avoir une bonne raison.
ROBERTINO
J’ai voulu vous sauver la vie, Monsieur le Comte.
LE COMTE
Donnez-moi un bon motif afin que je vous pardonne.
ROBERTINO
En faisant mes propres investigations, j’ai découvert que Marguerite travaillait pour une société de manteaux en fourrure d’animaux destinés au marché mondial et dont la clientèle désirait exclusivement que ces manteaux soient en peau d’ours polaire.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Et que vient faire Lady Shirley dans tout ça ?
ROBERTINO
Lady Shirley travaillait pour un groupe de diamantaires cherchant à exploiter une carrière au Vénézuela.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Mais alors, tout s’explique !
ROBERTINO
L’enlèvement de Ringo de la Sierra n’était autre qu’une monnaie d’échange.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Nous sommes arrivés à la même conclusion.
LE COMTE
Je vous laisse en tête à tête, messieurs. Je vais me coucher.
Le Comte sort…
Martisoara entre dans le hall…
MARTISOARA
Je suis inquiète, Lieutenant Poponetz ! Sylvestre a disparu définitivement.
MONSIEUR VLAD
Monsieur Sylvestre vient tout juste de monter à bord de la Salamandre.
MARTISOARA
La goélette enchantée est de retour !
MONSIEUR VLAD
C’est la récompense finale !
MARTISOARA
Viva la Dolce Vita ! Nous allons pouvoir poursuivre notre croisière en mer.
MONSIEUR VLAD
Je vous accompagne, Martisoara.
Monsieur Vlad et Martisoara quittent l’hôtel…
LE LIEUTENANT POPONETZ
Je vous salue, Robertino.
ROBERTINO
Vous partez aussi, Lieutenant ?
LE LIEUTENANT POPONETZ
J’aurais bien voulu continuer cette conversation avec vous, mais mon bateau m’attend.
Robertino sort une étoile en or de sa poche qu’il lance sur le tableau à la vitesse de l’éclair ; le tableau fait apparaitre comme par magie l’ours polaire…
Robertino disparait ensuite comme par l’effet d’une baguette magique…
A ce moment-là, Patzy (petite chatte rose aux grands yeux verts), Kiki (petite chatte tigrée) et Maggi (petit chat noir aux pattes blanches et aux longues oreilles) entrent dans l’hôtel, suivis de Akiak (La petite princesse Inuit)...
PATZY
C’est trop super !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Approchez, mademoiselle Akiak, j’ai une surprise pour vous !
AKIAK (La petite princesse Inuit)
Mon ours est vivant ! Youpi !
PATZY
C’est trop super !
Akiak s’approche de l’ours polaire et le prend dans ses bras…
Le Lieutenant Poponetz se remplit une coupe de vin…
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds), sort de la chambre
Salut tout le monde ! Comment ça va ?
MAGGI
Genialissima !
LE LIEUTENANT POPONETZ
Où étiez-vous donc passée, Dona Crina d’Alba ? On ne vous voyait plus trop dans les parages ces derniers temps.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds)
Je profite de la Dolce Vita pour me reposer des heures entières dans ma chambre.
LE LIEUTENANT POPONETZ
Nous ne reparlerons sur le pont de la Salamandre ! A tout de suite, chère amie !
Le Lieutenant Poponetz sort de l’hôtel avec sa coupe de vin…
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds), frappe dans ses mains
Nous devons partir, les enfants ! Une longue croisière en mer nous attend !
PATZY
C’est trop super les croisières en mer !
Roberto (chapeau noir) surgit dans le hall avec sa valise rouge à roulette…
ROBERTO (chapeau noir)
Ne partez pas sans moi, mes amis ! Attendez-moi !
KIKI
C’est trop cool !
Kiki plonge dans les bras de Roberto…
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds), frappe dans ses mains
Mais où étiez-vous passé, Roberto ? Je n’avais plus de vos nouvelles depuis un bon moment.
ROBERTO (chapeau noir)
Moi non plus, figurez-vous.
DONA CRINA D’ALBA (cheveux blonds), frappe dans ses mains
Dépêchons-nous, la Salamandre va bientôt jeter l’ancre !
Tout le monde quitte les lieux…
Un nuage de fumée rose envahit les lieux…
FIN DE LA SCENE 10
FIN DE L’ACTE 1
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EPILOGUE
Le nuage de fumée rose se dissipe peu a peu…
Quelques instants plus tard…
Le Comte de la Bouche-en-Biais surgit dans le hall d’entrée de l’hôtel de la Plage avec une enveloppe jaune à col rose qu’il ouvre…
Au moment d’ouvrir l’enveloppe, la dame inconnue apparait dans un grand faisceau lumineux ; celle-ci est assise près d’une table et tient dans une main l’enveloppe et dans l’autre un stylo à plume…
LA DAME INCONNUE
« Soulève ta paupière close
Qu'effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d'une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d'argent de l'arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.
Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j'arrive du paradis.
Mon destin fut digne d'envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d'un aurait donné sa vie,
Car j'ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l'albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser. »
Théophile Gautier - Le spectre de la rose (1838)
Le message se transforme en rose…
Le faisceau lumineux disparait ensuite comme par magie…
Le Comte sort de l’hôtel avec la rose à la main…
FIN DE L’EPILOGUE
FIN DE L’EPISODE 3-3